Creuse : L’AFAAD soutien officiel du Pôle Viandes Locales

Pôle viandes locales Creuse

L’AFAAD a rencontré le 22 décembre dernier en Creuse à Bourganeuf, Guillaume Betton, éleveur et PDG de la SAS Pôle Viandes Locales. Dès que nous avons eu connaissance de ce projet, nous avons souhaité le soutenir et l’accompagner puisqu’il propose un véritable changement de paradigme : placer la bientraitance animale au cœur de la construction et du fonctionnement de cet outil d’abattage. Cela n’a jamais été fait.

Cette rencontre a été l’occasion d’échanger sur le concept unique et avant-gardiste du Pôle Viandes Locales : éviter à tout prix la souffrance animale, redonner du temps aux opérateurs afin d’avoir le temps d’effectuer parfaitement les gestes d’étourdissement, informer et communiquer avec les consommateurs, inciter à consommer moins de viandes mais de faire le choix de la qualité.

L’AFAAD est fière de soutenir et d’encourager ce projet novateur et unique. Notre association fait désormais partie du Comité Scientifique du projet. Ainsi, comme vous l’aurez compris, ces éleveurs maîtrisant leur outil d’abattage ont placé le respect du bien-être animal au cœur de son développement. Le Pôle viandes Locales devrait être opérationnel à l’automne 2017.

Un projet au cœur du territoire et au service des éleveurs locaux

La SAS Pôle Viandes Locales est une entreprise reconnue d’économie sociale et solidaire, qui réunit plus d’une cinquantaine de paysans éleveurs en circuit court et local.
Le chantier de construction de la plateforme multi services réunissant sur un même site tous les outils nécessaires à la valorisation de la viandes est en cours : abattage exclusivement avec étourdissement, maturation, découpe, transformations, préparations de plats cuisinés, charcuteries…

Les paysans sont propriétaires collectivement et le personnel est le leur. Il n’y a plus aucun intermédiaire entre eux et leurs consommateurs. Ils sont maitres du modèle de production. Basé sur le retour à la lenteur, le respect de l’animal et la lutte contre le gaspillage, le projet est économiquement viable, car il réintègre toutes les marges des intermédiaires au profit du celui qui produit.
Le Pôle Viandes Locales a été reconnu comme Projet industriel d’avenir.

Concrètement, des engagements et des actions en faveur de la bientraitance et du respect des animaux

Dans une lettre ouverte adressée au député Olivier Falorni cet été, lors des travaux de la commission d’enquête, Guillaume Betton écrivait ceci :

« Sans compassion pour l’animal à qui il ôte la vie, l’Homme perd petit à petit de sa propre humanité. Cette dernière se mesure aussi à notre capacité d’empathie avec les êtres vivants qui nous entourent et qui nous nourrissent. La technique ne répond pas à tout et seule notre volonté créative nous permet de progresser pour le bien de tous. Quand on prend soin des animaux, on prend soin de nous et de la société tout entière. Ne fermons pas nos yeux et notre cœur. Tournons-nous résolument vers des solutions d’avenir ».

fullsizerender2Inauguration de la mise en route du chantier à Bourganeuf (Creuse)

Il en découle un cahier des charges extrêmement rigoureux ne laissant rien au hasard, et des engagements fondamentaux dont voici l’essentiel :

  • Un quai de déchargement, une bouverie et un hall d’abattage qui seront tous les trois filmés avec pour finalité, conformément à la loi Informatique et Liberté, d’observer, de compter, puis d’expertiser notamment par des regards de ressources extérieures afin d’améliorer de façon continue nos éventuelles lacunes. Ces finalités seront mentionnées dans les contrats de travail afin que l’ensemble des personnes qui rejoignent notre aventure soient pleinement conscientes de la philosophie dans laquelle nous sommes.
  • Les vidéos seront chronométrées et archivées.
  • Les services vétérinaires auront un libre accès à tous les enregistrements directement depuis leurs locaux et sans avoir à en faire la demande auprès de nous.
  • Une salle vitrée en hauteur permettra à tous les éleveurs d’observer par eux même chacune de ces trois zones.
  • Ce fonds d’archive pourra permettre de continuellement observer et évaluer le comportement des animaux, et nous conduira à corriger au fur et à mesure les erreurs que nous commettrions encore. Nous avons parfois manqué de données nationales pour concevoir notre outil et nous entendons permettre aux chercheurs de profiter de notre concrétisation pour améliorer les connaissances sur le respect des animaux.
  • Le cheminement des animaux sera intégralement en courbes selon les principes de Temple Grandin.
  • Les bruits, les odeurs et la luminosité seront maitrisés dans l’environnement de nos animaux (filet piège odeurs, éclairage sans ombre ni trait de lumière, éclairage du sombre vers le clair, murs et plafonds brise bruit, bruit blanc…).
  • L’aiguillon, électrique ou non, sera banni.
  • L’origine des animaux ne dépassera pas un rayon de 100 kilomètres.
  • Les salariés pourront disposer d’un droit de pause s’ils estiment en avoir besoin pour adopter la bonne attitude, et un droit de retrait si les équipements ne leur permettent pas de travailler conformément aux valeurs de notre protocole ou de la législation. Les salariés pourront également par un vote majoritaire entre eux faire inscrire à l’ordre du jour des assemblées générales des points, notamment qui améliorerait leurs conditions de travail ou la bientraitance animale.
  • Les salaires reconnaitront les compétences nécessaires, faciliteront le maintien de l’expérience. Ils sont calqués sur ceux pratiqués dans la branche de la boucherie.
  • Nous ne dépasserons pas une production annuelle de 500 tonnes carcasse. Soit une dizaine de bovin par semaine.
  • Nous mettrons la lenteur nécessaire au cœur de nos protocoles.
  • Le statuts de la Société comprendront une clause annulant toute disposition qui réduirait la bientraitance animale.
  • Nous serons un acteur positif dans la recherche d’un modèle alimentaire respectueux de la nature et des consommateurs, notamment à travers notre Centre Pédagogique ouvert au public ayant pour philosophie « manger moins, manger mieux ; manger moins, manger tout ».

 

 

L’AFAAD, au sein du Comité Scientifique pourra conseiller sur les problématiques liées à la bientraitance animale

Ce projet est celui que nous espérions, pour différentes raisons.
Il est la preuve que nous sommes en mesure de créer un modèle encore inexistant mais répondant à nos exigences morales, éthiques et citoyennes vis-à-vis des animaux qui nous nourrissent. Il s’agit bien là de mettre au centre du projet une véritable culture de la bientraitance animale, ce qui manque aujourd’hui dans la majorité des abattoirs de notre territoire.

D’une part, il place au cœur de son développement le respect de la terre, des paysages, des hommes et des animaux en favorisant un élevage paysan et un territoire à préserver. La rupture ne s’opèrera pas entre la manière dont ont été élevés les animaux et le traitement qui leur sera réservé lors de la mise à mort. C’est une première en France.

D’autre part, comme vous le constatez, le projet se construit avec des acteurs variés et des expériences complémentaires : architecte, bureau d’études, éleveurs, artisans bouchers, éthologue, géographe, restaurateur, association. Depuis sa création l’AFAAD est convaincue que l’évolution et la création d’abattoirs différents, se fera qu’avec le concours de tous. Le Pôle Viandes Locales est en la preuve.

Enfin, le Centre d’interprétation qui sera intégré au Pôle Viandes Locales sera un lieu de pédagogie, de présentation détaillée de ce qu’est la viande, ce qu’elle implique, d’où elle vient etc. Consommer différemment et intelligemment sera un message important à faire passer aux visiteurs et jeunes générations.

Pôle Viandes locales architecturePlan du futur abattoir avec la bouverie circulaire

Bien évidemment, nous vous tiendrons informés des avancées prochaines du projet.


Pour aller plus loin :
Consulter le site web du Pôle Viandes Locales
France Bleu, le 09/12/2016 : Un Pôle Viandes Locales va voir de jour du côté de Bourganeuf
Lettre ouverte adressée par Guillaume Betton à Olivier Falorni en août dernier
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