L’AFAAD et WELFARM dévoilent les dessous de l’importation de viande chevaline depuis le continent américain

En France, plus des deux-tiers de la viande chevaline provient d’importations, notamment du continent américain. Cette proportion s’élèverait à 90% pour l’offre de la grande distribution.

WELFARM et l’AFAAD relaient les enquêtes des ONGs suisse Tierschutzbund Zürich (TSB) et allemande Animal Welfare Foundation (AWF) sur les conditions de détention, et de transport des chevaux sur le continent américain.

Derrières les chiffres des importations, une réalité inacceptable

La viande de cheval est peu consommée en France, avec 200g par habitant et par an, et moins de 15% de ménages acheteurs . Elle représente ainsi moins de 1% de l’ensemble des viandes de boucherie consommées . Pourtant, et malgré un cheptel comptant plus d’un million de chevaux, la France recourt massivement aux importations pour approvisionner le marché national. Le nombre de chevaux abattus en France a fortement régressé depuis les années 1970 : 16 000 en 2015 (soit environ 5 000 TEC), contre 35 000 en 1980. Les abattages de chevaux en France ne constituent qu’un complément aux importations.

En 2015, 13 000 TEC de viande de cheval ont été importées, principalement de la viande réfrigérée ou fraiche. Cette viande provient aujourd’hui pour près de la moitié de chevaux abattus en Amérique du Nord et en Amérique latine. Le Canada , l’Argentine et l’Uruguay sont ainsi, sur le continent américain, les plus gros fournisseurs de la France.


Ces importations cautionnent des pratiques inacceptables, car les conditions de transport et de détention des chevaux lors des ventes aux enchères et dans les centres de rassemblement, ainsi que leurs conditions d’abattage, sont sources de nombreuses souffrances et ne respectent pas les normes minimales de l’Union européenne en matière de protection animale.


La maltraitance constatée dans les pays exportateurs de viande chevaline vers l’Europe

Au niveau mondial, les grands pôles de production de chevaux se trouvent sur le continent américain (USA, Canada, Mexique, Uruguay, Argentine et Brésil) ainsi qu’en Australie. Dans l’Union européenne, les principaux pays exportateurs de chevaux ou de viande de cheval sont la Pologne et la Roumanie, mais aussi la Belgique, la France et l’Espagne.
Quant à la consommation de viande chevaline, elle est majoritairement concentrée en Europe, en Mongolie et Kazakhstan, dans les pays de l’Est, en Russie et dans une moindre mesure au Japon. En Europe, où la consommation est estimée à 500g par habitant et par an et, l’Italie, la France, la Belgique, ainsi que la Suisse sont les gros pôles de consommation.

La situation en Amérique du Nord

L’origine des chevaux

Un quart des importations de viande chevaline en France provient du Canada, mais environ les deux-tiers des chevaux qui y sont abattus sont importés des USA (soit environ 44 000 en 2015). Il s’agit de chevaux réformés (chevaux de travail, chevaux de course, chevaux de sport et de loisirs,...) ou dont ne veulent plus leur propriétaire. Certaines communautés, comme les Amish, sont d’importants fournisseurs en chevaux destinés à l’abattoir.

Les enquêtes réalisées en 2015 et 2016 par TSB, AWF et leur partenaire Animals’Angels USA, rendent compte de la situation dramatique des chevaux qui sont importés des USA pour être abattus au Canada et des pratiques pourtant déjà dénoncées dans les enquêtes menées depuis plusieurs années

Les ventes aux enchères de chevaux aux USA

Les marchands de chevaux, surnommés « kill buyers », qui fournissent les abattoirs canadiens achètent la plupart des animaux dans des ventes aux enchères, notamment en Pennsylvanie, dans le Minnesota ou encore dans le Montana. Lors de ces ventes, les chevaux destinés à l’abattoir sont détenus dans des conditions totalement inadaptées, et sont souvent manipulés brutalement.

On constate notamment:

  • Des conditions de détention inadaptées : certains chevaux sont parqués en grand nombre dans des enclos sales, où ils piétinent dans la boue et ne disposent d’aucun abri ni d’endroit sec.

  • Des densités souvent élevées tant dans les enclos que dans les boxes : cela engendre une grande nervosité et les agressions sont extrêmement nombreuses, occasionnant des chutes et des blessures.

  • Un comportement du personnel inapproprié et des manipulations brutales : les chevaux sont manipulés, souvent avec violence, sans jamais tenir compte de leur grande réactivité ni anticiper leurs réactions de fuite.

  • L'état des chevaux : beaucoup de chevaux sont en très mauvaise condition physique, très amaigris, les sabots non parés depuis longtemps, parfois fendus. Bien que manifestement malades, très affaiblis, ou blessés, ils ont quand même été transportés jusqu’à ces marchés pour y être vendus puis expédiés dans des abattoirs situés à des centaines de kilomètres.

A consulter , la vidéo en Français réalisée par les associations Tierschutzbund Zürich (TSB) et Animal Welfare Foundation (AWF):

En Amérique du Nord :

Les conditions de détention dans les centres de collecte et de rassemblement aux USA

Globalement, dans ces centres l'état des chevaux est très préoccupant. On y trouve des chevaux malades ou blessés qui sont laissés sans soin vétérinaire. En outre, des traces de blessures anciennes mais aussi des sabots en très mauvais état, trop longs et recourbés ou fissurés, témoignent de la négligence dont sont victimes depuis longtemps beaucoup de ces chevaux.

Le transport des chevaux depuis les sites de collecte aux USA jusqu’aux abattoirs canadiens

Les chevaux exportés des USA vers les abattoirs canadiens doivent supporter plusieurs trajets dans des conditions de transport déplorables.

  • Des chevaux inaptes au transport : des chevaux sont transportés alors qu’ils ne devraient pas l’être compte tenu de leur état de santé : chevaux malades et épuisés, extrêmement maigres, présentant de graves blessures non soignées, ou encore chevaux aveugles.

  • Des camions de transport non adaptés : les véhicules utilisés ne sont pas adaptés au transport des chevaux.

  • Des densités de chargement souvent très élevées : outre les blessures liées à la mauvaise conception ou au mauvais état de certains camions, la densité de chargement et l’absence de séparation entre les chevaux, sont à l’origine de comportements agressifs et donc de blessures.

  • Le comportement du personnel et le manque de formation des transporteurs

  • Des transports de très longue durée.

La situation en Amérique du Sud

L'origine des chevaux

En 2015, 100 000 chevaux ont été abattus en Argentine et 38 000 en Uruguay. Ces abattages fournissent le marché de l’export, puisque la commercialisation de viande de cheval est interdite dans ces pays. Il s’agit donc de chevaux réformés, envoyés à l’abattoir sans considération pour leur état de santé ni leur origine. Ce sont principalement des chevaux de loisir, de sport et de travail.

Le transport

Des transports de très longue durée

L'abattage

En Uruguay : les trois abattoirs solipèdes uruguayens sont agréés pour l’exportation européenne. Le plus important, l’abattoir Clay, appartenant à la société française SNVC, abat 18 580 chevaux par an et approvisionne le marché français. L’enquête de TSB et AWF a épinglé cet établissement sur de multiples points à commencer par le « acopio », l’espace où certains chevaux doivent attendre jusqu’à 40 jours avant d’être abattus. Cette zone ne dispose pas d’abri contre le soleil et les tempêtes et le sol est rapidement boueux. Le rapport note une absence de soins vétérinaires.

En Argentine : la situation est malheureusement tout aussi dramatique. Depuis des années les associations TSB et AWF constatent une gestion déplorable des animaux à l’abattoir de Lamar, situation restée identique lors de leurs dernières investigations menées en décembre 2016.

A consulter , la vidéo en Français réalisée par les associations Tierschutzbund Zürich (TSB) et Animal Welfare Foundation (AWF):

En Amérique du Sud:

La situation des abattages équins en France

Pour la majorité des abattoirs, l'abattage des équidés est une activité à la marge

Le chiffre à retenir : les abattages d’équidés ont reculé de 95 % en 50 ans. En 2015, 16 000 équidés ont été abattus en France.
Pour qu’un abattoir puisse abattre des chevaux, il doit disposer d’un agrément spécifique, comme pour chaque espèce. En 2011, 126 abattoirs de boucherie étaient habilités pour l’abattage des équidés. En 2017, nous ne recensons plus que 96 abattoirs de boucherie ayant cet agrément. L’abattoir de Champagnole dans le Jura, numéro un français de l’abattage équin, est l’outil le « plus spécialisé » sans qu’il soit pour autant conçu exclusivement pour l’abattage de chevaux.

Ainsi, les abattoirs référencés sont non spécifiques aux équins et consacrent souvent une journée ou deux par semaine à l’abattage d’équidés. Cette activité se fait donc à la marge de l’abattage des autres espèces : bovins, porcins, ovins. Aujourd’hui, la France ne dispose d’aucun abattoir spécialisé et conçu spécifiquement pour l’abattage des chevaux, ce qui engendre des problématiques importantes en matière de protection animale. A noter que l’abattage des équidés est concentré sur les treize plus gros abattoirs agréés qui réalisent 77 % de la production.
On constate que le réseau est fortement concentré sur 6 régions : Franche Comté, Languedoc Roussillon, Poitou-Charentes, Centre, Nord-Pas-de-Calais et Midi-Pyrénées.

Nos principales préconisations en matière de protection animale

Les problématiques concernant la protection animale des chevaux en abattoir ne diffèrent pas beaucoup des problématiques identifiées pour d’autres animaux de boucherie comme les bovins par exemple. Nous identifions ainsi des points critiques/points de vigilance qui nécessitent à la fois une adaptation optimale des locaux, une formation approfondie des opérateurs d’abattage (maniement des chevaux), et une adaptation du matériel d’abattage spécifique aux équidés.

  • Créer des circuits en abattoirs spécifiquement adaptés aux équins pour favoriser un déplacement en douceur et sans stress évitable (largeur des couloirs, qualité du revêtement des sols, isolement phonique, ambiance lumineuse). Le cheval doit être absolument mené en douceur par le licol par l’opérateur chargé d’assurer son amenée jusqu’au piège.

  • Dissimulation obligatoire du hall d’abattage à la vue des chevaux qui sont en zone d’attente pour éviter le stress et la panique.

  • Assurer de bonnes conditions d’attente et de récupération aux équidés après la phase de transport (5 à 7 heures minimum de récupération avant la phase d’abattage) :
    - Les chevaux de doivent pas être logés en bouverie/zone d’attente à côté d’autres espèces (frayeur et panique au contact d’espèces inconnues et notamment, des porcs).
    - Mettre à la disposition des chevaux de l’eau et du foin en bouverie.
    - Favoriser des températures adaptées à leur physiologie (chauffer la bouverie en hiver, climatiser la bouverie en été).

  • Disposer obligatoirement d'un système d’immobilisation spécialement adapté aux équidés (piège spécifique conçu pour le gabarit des animaux).

  • Adaptation scrupuleuse des paramètres du pistolet à étourdissement aux spécificités physiologiques des chevaux pour que son efficacité soit instantanée (équilibre de perforation). Disposer obligatoirement d'un appareil de rechange à proximité de la zone d'affalage.

  • L'AFAAD est favorable à la mise en place d’une formation adaptée pour le personnel qui doit manipuler les chevaux (par des professionnels de la filière équine et des éthologues). Le cheval réagit avec « comportement de proie » et manifeste donc des réactions de panique et de fuite lors d’une situation de stress ; ce qui peut entrainer une appréhension pour les opérateurs qui manipulent les chevaux à l’abattoir. Un cheval qui a été utilisé en courses ou pour le sport équestre est habitué à être « conduit » en main, et jamais « poussé » par derrière. En outre, il est à noter que l’extrême sensibilité de sa peau le rend hyper réactif aux stimulations électriques, l’aiguillon électrique est donc à bannir.

Aujourd'hui, nous formulons différentes demandes auprès des acteurs économiques

En nous associant à TSB et AWF, nos deux organisations souhaitent dénoncer la situation dramatique des chevaux objets du commerce international de viande cheval, et demander un engagement des acteurs économiques .

  • Nous demandons instamment aux importateurs, aux enseignes de la grande distribution ainsi qu’aux boucheries de cesser tout approvisionnement en viande chevaline ne répondant pas aux normes européennes de protection animale.
    Vu les conclusions des dernières enquêtes menées en Amérique sur les chevaux dont la viande est importée en Europe, il est ainsi préférable de cesser immédiatement toute importation en provenance du Canada et d’Amérique latine ou, au minimum de réaliser au plus vite des audits et contrôles inopinés auprès des fournisseurs, et de leurs intermédiaires, pour vérifier que leurs exigences et pratiques en matière de protection des animaux d’élevage sont conformes aux standards européens.

  • Nous demandons également que l’étiquetage sur l’origine de la viande chevaline soit obligatoire au même titre que pour la viande de bœuf ou de porc.

  • Concernant l'abattage des chevaux en France, nous exigeons la stricte application du règlement (CE) 1099/2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Pour ce faire, nous demandons aux acteurs économiques de redoubler de vigilance quant à leurs approvisionnements en viande de cheval dans les abattoirs français, notamment
    sur les points particulièrement sensibles (formation du personnel, traitement des chevaux lors du déchargement, en bouverie et lors de la mise à mort).

~ RESSOURCES ~

~ INFOGRAPHIE ~

Pour tout connaître sur la filière viande chevaline en France, consulter notre infographie en cliquant sur l'image ci-dessous :



~ COMMUNIQUE DE PRESSE ~

Consulter le communiqué de presse publié par l'AFAAD et WELFARM le 08 février 2017.

~ DOSSIER DE PRESSE ~

Consulter l'intégralité du dossier de presse associé à la campagne .


~ NOS PRECONISATIONS ~

Concernant l'abattage des équidés en France, nous avons identifié des points critiques/points de vigilance qui nécessitent à la fois une adaptation optimale des locaux, une formation approfondie des opérateurs d’abattage (maniement des chevaux), et une adaptation du matériel d’abattage spécifique aux équidés.
Nos préconisations ne sont pas exhaustives. Vous pouvez les retrouver en intégralité dans notre infographie