Procès de l’abattoir du Vigan : le procès du cumul de tous les dysfonctionnements possibles

Procès abattoir du VIgan 2017

Le premier procès d’un abattoir s’est tenu la semaine dernière dans le Gard. Cette audience de deux jours faisait suite aux actes de maltraitance commis par 3 employés de l’abattoir du Vigan entre 2015 et 2016. Révélés par l’association L214, ces faits d’une rare violence montraient des animaux subissant des actes malveillants délibérés, comme ces décharges électriques infligées au motif de « s’amuser », des coups de poing ou de pied donnés pour vérifier l’état d’inconscience de l’animal.
Retour sur cette audience qui a placé au centre des débats la réalité du travail en abattoir et les manquements graves qu’elle pouvait engendrer…

Si le principal accusé ne nie pas les faits, il tente néanmoins de les justifier

Cadences d’abattage, matériel défaillant, absence de formation. Tous les arguments ont été mis sur la table par le principal intéressé. Mettant en cause la direction de l’établissement, Marc S. raconte son histoire. Entré à l’abattoir à 15 ans et demi en apprentissage pour un CAP de boucher, « on m’a tout de suite dit « il te faut tuer ». Puis il ajoute : « On nous mettait la pression, il a fallu apprendre vite et sur le tas ».
Il est notamment reproché à M. Soulier, qui était « responsable de la protection animale » –une fonction « imposée » selon lui–, d’avoir utilisé une pince à électronarcose sur le museau de brebis « pour faire rire » un collègue.
Reconnaissant une « grosse connerie« , l’ex-employé, décrit comme « un fou » par certains collègues, « ne voit pas les animaux comme des égaux de l’homme« . A ses yeux, toutefois, les bêtes ont « du ressenti » et « sentent l’odeur de la mort ».

Pour expliquer son attitude, Marc Soulier met de son côté en cause « les cadences » imposées, « les surcharges de travail« . « Cette histoire m’a détruit, j’ai perdu mon emploi, j’ai été obligé de changer de région, mes grands-parents ont reçu des lettres de menaces« , ajoute encore en sanglotant Marc S., qui travaille aujourd’hui dans un atelier de découpe après avoir été licencié de l’abattoir.

Au-delà du cas du Vigan, tous les manquements que nous dénonçons ont été évoqués lors de cette audience

Faisant comme écho à la commission d’enquête parlementaire du député Olivier Falorni, toutes les problématiques que notre ONG soulèvent depuis sa création ont été portées devant l’autorité judiciaire.
Cadences d’abattage importantes, matériel d’étourdissement défaillant et non remplacé, non intervention de la direction de l’abattoir au poste d’abattage, carence des contrôles en matière de protection animale de la part des services vétérinaires de l’État.
Ces faits filmés ne sont pas pour l’AFAAD un simple dérapage. Cet établissement portait en lui, et probablement depuis de longues années, les bases de tous les dysfonctionnements possibles. Et on a continué à le faire fonctionner, à accepter que le matériel soit défaillant, que les cadences soient amplifiées pour honorer des commandes, que des hommes s’amusent avec des animaux etc. C’est injustifiable.

Les réquisitions

Vendredi matin, un an de prison avec sursis a été requis contre le principal prévenu. Le procureur a évoqué une « peine d’avertissement suffisamment sévère pour éviter toute réitération » en requérant contre Marc S. Il a également requis une « interdiction d’exercer une activité professionnelle dans un abattoir pendant cinq ans », une interdiction « de détenir des animaux de rente », c’est-à-dire à dévolus à la production, et 3.400 euros d’amende.

Des peines de 150 et 600 euros d’amende ont également été réclamées contre les deux autres employés de l’abattoir, respectivement Gilles E. et Nicolas G., poursuivis pour des mauvais traitements, et 6.000 euros d’amende contre la communauté de communes du pays viganais, qui gérait l’établissement.

Prochaine étape le 28 avril prochain avec le délibéré

Le jugement a été mis en délibéré. Le procureur a évoqué une « peine d’avertissement suffisamment sévère pour éviter toute réitération » contre Marc S. 24 ans, « responsable de la protection animale » dans cet abattoir.
Nous attendons avec impatience le délibéré et espérons que ces réquisitions seront suivies, voire plus sévères concernant notamment la Direction de l’abattoir.