Rencontre avec Mauricio Garcia : dans les entrailles de l’abattoir de Limoges

Mauricio Garcia abattoir de Limoges

Au cœur du plus grand abattoir municipal de France, celui de Limoges, Mauricio Garcia Pereira a passé des années comme employé, à différents niveaux de la chaîne d’abattage. Le 03 novembre 2016, appuyé par l’association L214, il révélait au grand jour une pratique courante et scandaleuse : l’abattage de vaches gestantes. Nous avons pu rencontrer Mauricio qui nous parle de la réalité de cet abattoir et des souffrances animales et humaines qu’il renferme.
Un témoignage sans filtre, sincère et édifiant que Mauricio raconte en intégralité dans son livre « Ma vie toute crue ».

 

Vous avez révélé au grand jour et grâce à votre courage, une pratique que beaucoup d’entre nous ignorait : l’abattage des vaches gestantes. Selon vous, pourquoi accepte-t-on cela ?

Mauricio : D’abord parce que ce n’est pas interdit, l’abattage de vaches gestantes est toléré par l’union Européenne. C’est uniquement pour des raisons économiques ! Une vache pleine est plus docile, plus calme et surtout plus grasse ! Grossistes et éleveurs ont en moyenne 20 kilos de plus par vache !
Dans l’abattoir de Limoges, des dizaines de fœtus sont jetés à la poubelle chaque semaine ! Et ces petits fœtus, on les met à la poubelle seulement pour l’argent : ce n’est pas comme s’il y avait un problème sanitaire qui oblige à le faire !

Pensez-vous que d’autres abattoirs sont concernés par cette pratique ?

Mauricio : Certainement, dans la mesure où cette pratique n’est pas interdite par la règlementation. On est en 2018, c’est intolérable que cette pratique persiste, il faut qu’elle soit interdite.

« Pour un même grossiste qui amène 100 vaches à abattre, on en trouve 10 gestantes ! »

Il y a pourtant des vétérinaires qui ne peuvent pas ignorer ce qui se passe ?

Mauricio : Bien sûr ! Les inspecteurs vétérinaires ne peuvent ignorer la situation. Il n’est pas rare que pour un même grossiste qui amène 100 vaches à abattre, on en trouve 10 gestantes !

Les inspecteurs vétérinaires ne sanctionnent jamais ce type de pratiques ?

Mauricio : Si, mais c’est toujours les petits éleveurs qui sont sanctionnés jamais les grossistes. Finalement, ces derniers ne seront pas inquiétés malgré que ce soient eux qui encouragent ou laissent perdurer ces pratiques.

Les vétérinaires ont aussi un rôle important à jouer concernant les inspections sanitaires, comment cela se passait-il à Limoges ?

Mauricio : J’ai constaté qu’au lieu d’être écartés des animaux malades étaient placés en milieu de chaine, entre des animaux sains, pour ne pas qu’ils soient remarqués. C’est anormal car un animal malade risque de contaminer toute la chaine.

« Un animal malade peut souiller la chaine, il ne devrait pas être sur la chaine si en amont, le travail était fait correctement ! »

Mais, normalement les vétérinaires sont censés contrôler les animaux lorsqu’ils arrivent à l’abattoir lors de l’inspection ante mortem qui est obligatoire ?

Mauricio : Oui, mais ce n’est pas le cas ! Ils ne sont jamais présents lors du déchargement des camions, même lorsque des animaux sont malades ou blessés ! Du coup les animaux sont abattus comme les autres, et c’est seulement au moment de l’estampillage de la carcasse que la bête est consignée. Et pourtant, un animal malade peut souiller la chaine, il ne devrait pas être sur la chaine si en amont, le travail était fait correctement.

Dans votre livre, vous évoquez longuement les cadences d’abattage imposées aux employés, avez-vous constaté des étourdissements mal effectués à cause de cette pression constante ?

Mauricio : Bien évidemment. Imaginez-vous tuer 35 vaches par heure ! C’est impensable, c’est inhumain de demander cela à des hommes. A l’abattoir, tous les postes sont éprouvants, imaginez-vous être éclaboussé toute la journée par du sang, de la merde, des boyaux. C’est ça le quotidien des ouvriers. Certains jours, j’avais de la merde jusque dans les bottes !

L’abattoir de Limoges pratique des abattages rituels, comment cela se passe-t-il, qu’avez-vous vu?

Mauricio : A Limoges, les trois chaines d’abattage tournent simultanément : une chaine porcine, une chaine ovine et une chaine bovine. C’est une véritable usine et avec ces cadences infernales, certains employés passent de la chaine d’abattage des porcs à la chaine d’abattage rituel des moutons, il n’y a aucune séparation physique, ça c’est du halal !

Et les bovins ?

Mauricio : A Limoges, l’abattage rituel des bovins a été réduit car il ne permet pas la même productivité. Au-delà des cadences ralenties, il y a aussi des problèmes avec les boxes rotatifs qui tombent souvent en panne. Lorsqu’un box est en panne, le pistolet d’abattage est détourné de son usage habituel. Au lieu d’être utilisé pour étourdir les animaux, il est utilisé pour paralyser les vaches en les frappant à l’arrière de la tête. De cette manière, l’animal reste conscient mais ne représente plus aucun risque pour le sacrificateur pendant la saignée.

« Je pense que beaucoup ont envie de parler, de révéler ce qui se passe ! »

Comment se fait-il que les employés d’abattoirs ne dénoncent pas plus les graves dysfonctionnements qu’ils observent ?

Mauricio : Je pense que beaucoup ont envie de parler, de révéler ce qui se passe, mais ils ont peur d’être identifiés et de perdre leur emploi.

Depuis que vous êtes parti de l’abattoir de Limoges, avez-vous eu des échos de changements ?

Mauricio : D’après ce que j’ai entendu, rien n’a changé si ce n’est des investissements sur la chaine d’abattage, mais uniquement pour améliorer la productivité, augmenter encore les cadences d’abattage, mais rien pour améliorer les conditions de travail, ni celles des animaux.

Et donc vous pensez qu’il y a moyen d’améliorer les choses ?

Mauricio : Bien sûr et c’est un devoir. Il faut augmenter le nombre des vétérinaires. Il faut aussi diminuer les cadences pour que les employés aient le temps de faire les gestes appropriés. Que l’on cesse de faire avancer les bêtes traumatisées à coup d’aiguillon électrique et de violents coups de bâton. Là, quand les bêtes arrivent, elles savent qu’elles vont être massacrées. Il faut faire le nécessaire pour isoler les animaux, il faut les apaiser, faire les choses calmement, autrement.

« Imaginez-vous 3 millions d’animaux abattus tous les jours ! C’est juste impensable ! »

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de votre témoignage ?

Mauricio : Qu’il est nécessaire de réduire sa consommation de viande, imaginez-vous 3 millions d’animaux abattus tous les jours ! C’est juste impensable ! Il faut arrêter de gaver les enfants avec de la viande deux fois par jour, ce n’est pas nécessaire. Arrêtez de donner à vos enfants des steaks hachés à 3,10€ le kilo, on ne sait même pas ce que c’est qu’il y a dedans…
Il faut impérativement végétaliser notre alimentation, et pourquoi pas, de temps en temps, manger un bon steak et l’apprécier.

Cagnotte Mauricio Garcia abattoir LimogesAujourd’hui Mauricio Garcia est toujours au chômage et en recherche active d’un nouvel emploi. Sa situation précaire ne peut nous laisser indifférents.
Vous pouvez l’aider en participant à une cagnotte Leetchi mise en ligne afin de le soutenir. Accéder à la cagnotte.