Pôle Viandes Locales en Creuse : un abattoir innovant plaçant la bientraitance animale au cœur des préoccupations

L'AFAAD partenaiare du projet d'abattoir

Depuis bientôt douze mois, l’AFAAD est investie et participe au projet d’abattoir porté par le Pôle Viandes Locales en Creuse.  Son principe est simple : concevoir un abattoir qui garantirait comme principe de base la bientraitance animale. Porté par des éleveurs de la région Limousine avec à sa tête Guillaume Betton, le projet est aujourd’hui sur le point de franchir une nouvelle étape avec la mise au point d’un box sensitif devant répondre à une meilleure prise en charge du stress et de la souffrance animale. L’outil verra le jour à Bourganeuf en Creuse en 2018.

Innovation : Un abattoir qui s’est adapté à l’animal

L’intérêt de ce projet est d’avoir su réunir de nombreux acteurs, tous soucieux de garantir à l’animal une meilleure prise en charge en fonction de sa perception, son ressenti, ses spécificités biologiques etc.  Éthologues, vétérinaires, éleveurs, chercheurs et associations ont su s’unir pour dialoguer et aboutir à un cahier des charges exigeant et totalement inédit dans le domaine de l’abattage.
Tout a été pensé et réfléchi en fonction de la perception des animaux.  Ci-dessous un extrait du livre expliquant le projet : « Paysans Résistants » :

« On a beaucoup travaillé sur le comportement animal. On voulait une bouverie qui ne freine pas le déplacement des animaux, voire qui incite les animaux à avancer. Parce qu’on a banni l’aiguillon électrique. Si tu laisses le temps à l’animal, parfois longtemps, il finit toujours par avancer. Ça c’est notre expérience sur nos fermes. Alors, on s’est appuyé sur les travaux de Temple Grandin, une éthologue, professeur aux États Unis. Il s’est avéré très opportun de faire une bouverie circulaire, car cette forme permet à l’animal de voir suffisamment loin pour ne pas craindre ce qu’il ignore sans non plus voir trop loin quelque chose qui l’intriguerait. Voilà, on a travaillé sur la bonne longueur de rayon. Dans une circulation avec des angles droits, l’animal a un inconnu devant lui. Alors il y en a qui avance, mais il y a des bêtes qui refusent. Quand c’est mal pensé, c’est là qu’intervient l’aiguillon électrique ou l’agacement des humains. On a travaillé sur la lumière, pour faciliter l’avancée du sombre vers l’éclairé. On a un piano de contrôle qui permet cela. Pas de trait de lumière qui coupe le cheminement, la pupille de la vache ce n’est pas celle d’un humain, cela peut l’éblouir. Elle arrive dans un endroit qu’elle ne connait pas. Faut éviter tout ce qui est étrange pour elle. Le mieux c’est qu’elle ne voit pas d’humain. Le bruit aussi. Pas de chose qui claque. On a retenu l’idée de réaliser une cascade d’eau. On a fait ce que nous on appelle une horloge. C’est des grands panneaux qui coulissent et accompagne l’animal dans des cercles, un peu comme les aiguilles d’une horloge. D’où le nom. On a été d’ailleurs aidé par la Chambre d’Agriculture de la Creuse sur ce sujet. Cela reste expérimental, même si on retrouve ces mécanismes dans des élevages, on essaie de le transposer, de l’améliorer ici. »

 

Odeurs, bruits, environnement, éclairages tout a été pensé et conçu pour réduire au maximum la peur, le stress et les angoisses des animaux. Ce projet est inédit.

Pour l’AFAAD, une voie existe et doit être rapidement inventée entre les abattoirs industriels et l’abolitionnisme

Ce projet contribue largement à démontrer ce que notre organisation encourage depuis sa création : la possibilité de réinventer l’abattage et de proposer d’autres modèles qui ne seraient pas basés sur la cadence, la rentabilité et le profit.  Et si abattre redevenait un acte qui a du sens ? Pour Guillaume Betton, c’est une évidence :

« Avec 7 vaches par semaine, on ne peut pas parler de cadence. Dans nos projections de fonctionnement, nous avons réduit de 20% les rythmes habituels de travail. Redonner du temps dans le travail, c’est se permettre de chercher le bon geste en y mettant de nouveau de la compassion pour les animaux à qui on prend la vie. Philosophiquement c’est un outil qui nous ressemble. Lors d’une assemblée générale, on avait dû arbitrer des options, pour respecter le budget. On a voté. La bientraitance est arrivée en première position, très loin devant. La lenteur ne garantit pas, mais elle facilite quand même l’éthique. C’est mon sentiment. Mon vécu auprès de mon troupeau, tout simplement ».

Citoyens et consommateur appelés à soutenir ce projet en participant à la collecte pour la réalisation du prototype de box sensitif

Ce box d’étourdissement sera réalisé sur mesure, il n’existe nulle part ailleurs sur le marché.  À partir de toutes les indications et demandes que le Comité Scientifique a formulé lors de ses différentes réunions, un cahier des charges a été réalisé. Il s’agit maintenant de le réaliser. Le coût de financement s’élève à 100 000 euros, d’où le lancement d’une collecte citoyenne.

Objectif  de ce financement participatif: Financer le prototype du box sensitif.
« Le box où l’animal sera étourdi sera dans un espace clos, lumières tamisées, les bruits ne passent pas, pas d’odeur de sang, ou même plutôt des diffuseurs d’odeurs naturelles, haut-parleur, écran vidéo en horizon. Tout est cloisonné, maitrisé, à hauteur de perception de l’animal, l’endroit n’est plus effrayant. Reste ce bras robotisé. Qui descendrait du toit. L’opérateur est en dehors de la cabine. L’animal n’est pas mis en contact avec un inconnu. Sans le voir, dans un environnement en paix, l’animal peut être anesthésié par étourdissement.»

L’AFAAD est heureuse de participer à ce projet qui, rappelons-le, pour la première fois prend les choses dans le bon sens : ce n’est pas l’animal qui s’adapte à outil, mais l‘outil qui s’adapte à l’animal. Concevoir un tel abattoir c’est aussi refuser la fatalité de la maltraitance en abattoir, refuser de laisser le seul champ libre aux outils industriels et proposer un autre modèle valorisant  un territoire, un élevage paysan et un modèle de consommation responsable.

Pour accéder à la cagnotte en ligne cliquez ici

Nous souhaitons vivement que cette collecte soit couronnée de succès, elle sera l’aboutissement d’années de travail au service d’une révolution des pratiques et des consciences.


Ressources :
Des éleveurs limousins lancent une collecte pour un projet d’abattoir axé sur le bien-être animal
, France Bleu Limousin, 25/07/2017
Site web : Les Viandes Paysannes
Livre témoignage du projet Paysans résistants
Article de l’AFAAD en date du 07/05/2017 : « Et si l’abattoir pouvait être résolument différent? »